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Maroc : le sexisme enseigné à nos enfants

10 février 2005
Le manuel « Fi Rihab Attarbiya Al Islamiya » (1ère année de l’enseignement élémentaire), incriminé par la parente d’élève qui a déclenché l’alerte, n’est pas homologué par le ministère, ce qui pose un problème autrement plus grave, celui de l’ouvrage pirate, choisi on ne sait comment, pour être présenté aux apprenants.

La chose aurait pu passer inaperçue, n’était la vigilance d’une mère de famille qui sonnera le tocsin après avoir parcouru le manuel d’éducation islamique de sa fille, inscrite en première année d’enseignement fondamental. Choquée de constater, en le feuilletant, que la plupart des iconographies représentaient des fillettes de moins de six ans constamment voilées, elle prendra sa plus belle plume pour rédiger une lettre ouverte le 22 octobre, au ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, Habib El Malki, afin de le sensibiliser sur la question, et lancera une pétition sur le Net, exigeant le retrait de ces manuels du circuit scolaire.

Aujourd’hui, elle n’en démord toujours pas. Pour elle, et selon les photos qui accompagnent les textes didactiques dans certains manuels d’éducation islamique, le voile, c’est la règle. « Veut-on par là faire comprendre à nos enfants que pour être de bonnes musulmanes, les petites filles doivent ressembler aux personnages de leur manuel scolaire ? ». Car, ajoute t-elle, « arborer de telles tenues ne devrait être que l’expression du choix volontaire et réfléchi de personnes adultes ». Il faut dire que dans les deux ouvrages incriminés, « Fi Rihab Attarbiya Al Islamiya » (1ère et 2nde années de l’enseignement élémentaire), des petites filles à l’âge indéterminé mais visiblement très jeunes, toutes voilées, sont essentiellement assignées à des tâches ménagères, à la limite serviles. Il serait étonnant qu’à leur âge, elles aient le libre-arbitre de porter, ou non, le foulard sur la tête. Quant au jeune garçon, plus « moderne », il porte le prénom évocateur d’Oussama, ce qui ne fait que rajouter à la confusion.

Apologie de la vengeance

Dans un premier temps, son coup de semonce épistolaire trouvera quelques échos dans la presse nationale qui publiera sa lettre ouverte mais le tout retombera très vite comme un soufflet. Pas plus la société civile, interpelée par l’auteur de la missive, que les politiques ne réagiront au débat posé sur la place publique. Seule l’OMDH appuiera un peu plus là où ça fait mal, en jetant un second pavé dans la mare sous forme d’un rapport sur la portée des valeurs des droits de l’Homme dans le livre scolaire. Le résultat y est plutôt édifiant. Ainsi, on y apprend entre autres que si de réels progrès ont été faits dans ce sens, il persiste néanmoins dans certains ouvrages, notamment d’arabe et d’éducation islamique, l’apologie de la vengeance et du Jihad envers les mécréants.

Certains livres de français ne sont pas en reste, puisqu’ils continuent de confiner socialement la jeune fille dans des rôles traditionnels quand le garçon jouit de plus en plus de libertés. Des positions « académiques » en complète dichotomie avec l’esprit de la Charte de la Commission Spéciale Education Formation (COSEF) dont l’article premier des « principes fondamentaux » stipule bien que « le système éducatif marocain participe au développement général du pays, fondé sur la conciliation positive entre la fidélité aux traditions et l’aspiration à la modernité. Il assure une interaction dynamique entre le patrimoine culturel du Maroc et les grands principes universels des droits de l’homme et du respect de sa dignité ». Et surtout que « seront respectés, dans toutes les prestations de services d’éducation et de formation, les principes et les droits reconnus à l’enfant, à la femme et à l’Homme, en général, tels que les stipulent les conventions et les déclarations internationales ratifiées par le Royaume du Maroc ».

Comment en est-on arrivé à ces mini-dérapages, à cette différence parfois flagrante entre l’esprit et le texte ?

Suite à la réforme de l’enseignement, et afin de respecter un principe de libre concurrence, les manuels scolaires ne sont plus élaborés par le ministère de l’Education nationale. La conception est ainsi libéralisée à tous, pour peu qu’elle réponde à un cahier des charges préétabli, avec un profil pédagogique, technique et esthétique élaboré à l’avance.

Des « projets » de manuels sont ainsi ébauchés et remis à une commission d’évaluation et de validation composée de 66 personnes de divers rangs, des intellectuels, des pédagogues, des inspecteurs académiques et autres formateurs, dont le principal atout est de travailler en complète autonomie par rapport au ministère de l’Education.

Le problème des livre-PIRATES

Faisant, pour la première fois de l’histoire éducationnelle du Maroc, office de filtre, ils seront chargés de choisir les ouvrages qui répondent le mieux aux qualités pédagogiques requises. Et, nouveauté, seront chargés d’en choisir quatre par matière. Un quatuor présenté aux délégations régionales, au sein desquelles des commissions composées d’enseignants, de directeurs d’établissements et de représentants de parents d’élèves seront chargées de décider quel livre sera idoine pour telle école primaire. Et c’est à partir de ce maillons, que la faiblesse peut jaillir.

Dans ce cas précis, il se trouve que le « Fi Rihab Attarbiya Al Islamiya » de la 2nde année de l’enseignement élémentaire répond aux critères des commissions auxquelles il a été présenté et est ainsi agréé par le ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse. Il en porte mention en page de garde mais aussi un numéro de ratification dans son verso. Il se trouve que le manuel « Fi Rihab Attarbiya Al Islamiya » (1ère année de l’enseignement élémentaire), incriminé par la parente d’élève, n’est pas homologué par le ministère, ce qui pose un problème autrement plus grave, celui de l’ouvrage pirate, choisi on ne sait comment, pour être présenté aux apprenants. Une hérésie lorsque l’on sait les dangers de laisser couver les germes de l’intolérance et des idées rétrogrades dans l’esprit des plus faibles, plus encore des enfants réceptifs à tout ce qui est iconographique de surcroît.

A. R. Le Journal-Hebdo.