Violences à l’egart des femmes

Algérie: plus de 8000 victimes en 2005


 

Devant une stratégie gouvernementale qui n’arrive pas à se concrétiser sur le terrain, les femmes victimes de violences continuent à souffrir en silence. Leurs cris de douleur se heurtent toujours à un mur, érigé par non seulement les mentalités rétrogrades qui justifient à chaque fois les violences qu’elles subissent, mais également des lois qui ne les protègent pas suffisamment de ce fléau.

Même alarmants, les chiffres sont loin de refléter l’inquiétante situation. Les femmes violentées arrivent rarement à se libérer du sentiment de culpabilité, pour se plaindre officiellement de leur agresseur. Le manque flagrant de structures pour leur prise en charge psychologique, sociale et juridique est, pour de nombreux spécialistes de la santé, l’une des raisons principales de leur enfermement sur elles-mêmes.

Il y a près d’un mois, le ministre de la Solidarité a annoncé en grande pompe l’ouverture imminente d’un centre d’écoute et le lancement d’un numéro vert pour les femmes victimes de violences, mais à ce jour ces mesures n’ont pas été concrétisées. Chaque année, les services de sécurité font état de bilans alarmants, et l’année 2005 a connu, elle aussi, ses chiffres noirs.

Durant cette période, la police et la Gendarmerie nationale ont recensé 8420 cas de violence à l’égard des femmes, parmi lesquels 7479 ont été enregistrés au niveau des commissariats et 1001 au niveau des brigades de la gendarmerie. Les violences physiques occupent la première place avec 5260 cas. Mme Messaoudène de la Sûreté nationale a indiqué que sur les 7419 femmes battues en 2005, 5179 ont été victimes de coups et blessures volontaires et 277 ont subi des violences sexuelles.

Pour sa part, le chargé de la communication auprès de la gendarmerie a révélé que sur les 1001 femmes ayant déposé plainte au niveau des brigades, 376 ont subi des coups et blessures avec armes blanches et 463 ont été victimes de violences sexuelles. La violence sur ascendant, notamment les mères, ne cesse de connaître une hausse inquiétante. Ainsi, 2089 femmes ont été battues par leurs enfants.

D’autre part, 59 femmes ont été assassinées alors que 176 autres ont fait l’objet de harcèlement sexuel. Mme Messaoudène a indiqué que 76% des agresseurs sont étrangers aux victimes: « Généralement, la violence a lieu sur la voie publique et les auteurs sont souvent des voisins, des copains, des amants ou tout simplement des hommes rencontrés dans la rue », a-t-elle expliqué. Néanmoins, pour les autres cas, a-t-elle ajouté, les époux représentent 12% des agresseurs, suivis des frères avec 4,5% des cas, puis des amants 3,1%, des fils 2,85% et des pères 1%.

Les gendarmes ont, pour leur part, indiqué que les femmes battues par leurs enfants occupent la première position des plaignantes avec 168 cas enregistrés et celles violentées par leurs époux 22 cas. Ils ont fait état également de 17 cas d’enlèvement, de 16 cas de tentative de meurtre, de 15 cas de menace d’attentat, de 10 cas de menace avec arme à feu, de 10 cas d’enlèvement avec violence et de 8 menaces avec arme à feu. Les mêmes services ont enregistré 463 cas de violence sexuelle, précisant que 118 femmes ont fait l’objet de viol pour l’année 2005.

Pour les services de la police, les villes les plus touchées par les violences à l’égard des femmes restent Alger avec 1052 cas, suivie de Annaba avec 634 victimes, Oran avec 543 cas, Relizane 362 victimes, et enfin Mila avec 229 cas. « Toutes les catégories sociales sont concernées par la violence et l’âge des victimes est compris entre 18 et plus de 60 ans », a déclaré Mme Messaoudène.

Pour sa part, le ministère délégué chargé de la Condition féminine a réalisé un sondage sur la violence contre les femmes dans 16 wilayas du pays. Les résultats, rendus publics cette semaine, sont très révélateurs. Ainsi, 52% des femmes interrogées ont affirmé avoir fait l’objet de violence physique ou morale au moins une fois dans leur vie, exercée par un membre de l’entourage familial et à un degré moindre un étranger. Un constat déjà dressé par l’enquête nationale sur les violences, réalisée sous l’égide de l’Institut national de la santé publique, avec la participation de plusieurs ministères et associations féminines, dont les résultats ont été rendus publics en 2004. L’enquête a fait état de 62% de femmes mariées battues par leur époux, ce qui démontre que le domicile conjugal censé garantir la sécurité pour les femmes s’est transformé en un lieu de torture et de sévices.

Tous les spécialistes s’accordent à dire que les pouvoirs publics sont les premiers concernés par ce phénomène et sont donc interpellés à plus d’un titre pour trouver les solutions adéquates. Pas celles des promesses non tenues, mais des actions concrètes sur le terrain.

Salima Tlemçani

Source: El Watan

http://www.elwatan.com



11 marzo 2006



 



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