"Allô, mon mari me bat". Numéro vert au Maroc

Par Khadija Skalli

 

Elles sont près de 3000 personnes à avoir appelé le numéro vert dédié aux femmes battues depuis son installation le 23 décembre 2005. Elles sont en majorité analphabètes, et ne connaissent pas de ce fait leurs droits....

Elles sont près de 3000 personnes à avoir appelé le numéro vert dédié aux femmes battues depuis son installation le 23 décembre 2005. Elles sont en majorité analphabètes, et ne connaissent pas de ce fait leurs droits....

Lancé le 23 décembre 2005 avec l’objectif d’écouter et d’assister les femmes en détresse, puis de les orienter vers les centres mis en place par des associations oeuvrant dans ce domaine pour les aider à défendre leurs droits. Le réseau des centres Ennajda reçoit régulièrement ces victimes. "Depuis la création de ce numéro vert comme outil d’informations et d’orientation, nous avons accueilli, au centre de Rabat, une vingtaine de femmes.

On les écoute, puis on les conseille. Nous leur proposons une assistance juridique, médicale, psychologique et sociale. Le centre les prend en charge. Ce sont des femmes déprimées et traumatisées", indique Fatima El Maghnaoui, directrice du centre Ennajda à Rabat. Et d’ajouter : "Pour les femmes expulsées du foyer conjugal, nous leur offrons un hébergement provisoire. En outre, une assistante sociale se déplace sur le terrain pour effectuer une enquête sur la victime".

Selon les chiffres officiels du secrétariat d’Etat chargé de la Famille, plus de 2660 cas de violence ont été enregistrés depuis la date d’ouverture de la ligne verte. Selon les appels téléphoniques adressés au numéro vert, la violence est présente sur tout le territoire marocain, avec toutefois une hausse de fréquence et d’acuité des cas dans les agglomérations surpeuplées.

Le phénomène est présent surtout à Casablanca, Fès-Boulmane, Gharb-Chrarda, Marrakech-Tensift-Al Haouz, Tadla-Azilal, Taza-Al Hoceïma-Taounate, Tanger-Tétouan et Doukkala-Abda. La violence revêt différentes formes : psychique, physique, économique, sexuelle ou juridique. La plupart des femmes se plaignent de la violence de leur mari. Concernant la violence de source juridique, elle est essentiellement due au refus d’enregistrer les enfants dans les “carnets de l’état civil”, la non-reconnaissance du mariage, à la pension alimentaire et au divorce abusif.

Les femmes violentées sont en majorité analphabètes ou ayant un niveau scolaire très bas.

Cependant, des cas de violence à l’égard d’universitaires ont été également enregistrés. Quant à l’auteur de la violence, il est dans la majorité des cas analphabète, au chômage ou ayant un métier modeste. D’après les premiers résultats, l’alcoolisme et la toxicomanie sont parmi les causes principales de la violence contre les femmes. Par ailleurs, la mise en place du numéro 0 8000 8888 constitue l’une des dispositions de la stratégie nationale de la lutte contre la violence à l’égard des femmes dont le plan opérationnel a été lancé par le secrétariat d’Etat chargé de la Famille en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour les populations (FNUAP).

Installées dans la capitale, neuf télés conseillères parlant le français, l’arabe, tamazirt, tachelhit et tarifit reçoivent les appels à partir de 8h 30 min jusqu’à minuit. Elles travaillent 7 jours sur 7, garantissant une permanence pendant les jours fériés. Un groupe de jour et un autre de nuit assure de façon continuelle les services d’écoute et de conseil.

Source : Aujourd’hui le Maroc du 24 février 2006 par Khadija Skalli / Wired for WOMEN’S RIGHTS IN THE MAGHREB n°154



27 février 2006



 



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