A Djedda

Une femme élue au Conseil du Syndicat des Ingénieurs Saoudiens


 

A Djedda, une Saoudienne est élue au conseil de direction d’un syndicat

Après l’élection, fin novembre, de deux femmes au conseil d’administration de la chambre de commerce et d’industrie de Djedda, une Saoudienne, Nadia Bakhourji, a accédé, mardi 27 décembre, par la voie des urnes, au conseil de direction du Syndicat des ingénieurs. Elle était la seule candidate, au côté de 70 postulants, aux 10 sièges dudit conseil. L’avant-veille, une jeune cavalière, Alia Hayel Aboutaih Al-Howaite, avait été la première femme du royaume wahhabite à participer à un concours hippique dans l’émirat de Dubaï.

Il s’agit bien sûr de privilégiées, d’une petite minorité de femmes qui ont le mérite d’oser entreprendre et qui bénéficient du soutien explicite de leur entourage et implicite du roi, mais il fallait bien des pionnières dans un pays où les droits reconnus aux femmes sont parmi les plus étriqués du monde.

Il n’est pas étonnant que la ville de Djedda donne, en quelque sorte, l’exemple. Cette cité portuaire, plus ouverte sur le monde que les villes et les régions de l’intérieur du royaume, s’est de tout temps singularisée par un esprit - certes tout relatif - d’ouverture et de tolérance. Quitte à essuyer, à l’occasion, les critiques des traditionalistes et des religieux. Les mentalités commencent cependant à évoluer.

Ainsi, selon un sondage publié mardi 27 décembre par le quotidien Okaz, dont il est difficile d’apprécier la pertinence, 60 % des Saoudiens interrogés se déclarent favorables à la conduite automobile pour les femmes. Deux jours auparavant, le prince héritier Sultan Ben Abdel Aziz avait déclaré que les autorités n’y étaient pas hostiles, pour peu que "les pères, maris et frères" des femmes soient d’accord.

Le chemin est toutefois encore bien long, au royaume des Deux Saintes Mosquées, qui conduira à l’égalité des droits entre femmes et hommes. Même à Djedda. Qu’on en juge : alors qu’il existe en ville, y compris à Riyad la conservatrice, des clubs de sport pour femmes au sein d’associations principalement tenues par des princes et princesses de la famille royale, le ministère de l’éducation vient de rejeter une requête présentée par certaines écoles publiques pour filles qui demandaient que soient construits des gymnases à l’intérieur de leurs établissements. Le ministère a demandé à la presse de "faire preuve d’un esprit de responsabilité" dans ce domaine, après que plusieurs médias eurent laissé entendre, au cours des derniers mois, que des cours de gymnastique seraient autorisés bientôt dans les établissements scolaires.

MÉTIERS INTERDITS

Le quotidien saoudien Arab News ayant sollicité le commentaire de la principale de l’un des établissements demandeurs et qui, sans attendre, a déjà installé dans ses murs un centre de sport tout équipé s’est entendu répondre qu’elle n’est pas autorisée à en parler à la presse.

"Les hommes de religion ont une grande influence sur notre éducation et le ministère écoute seulement ceux qui défendent certaines opinions à propos des femmes et de leur rôle dans la société", a en revanche commenté une source du ministère dans la ville sainte de La Mecque, citée par le quotidien. Ce qui signifie, entre les lignes, que les plus conservateurs des religieux ont opposé leur veto."Soyez patientes", a récemment déclaré, à l’intention de ses concitoyennes, le roi Abdallah Ben Abdel Aziz, que les Saoudiens créditent d’une volonté de réformes. "Demandez ce qui est possible", a-t-il ajouté, faisant allusion aux pesanteurs dont il doit tenir compte.

En Arabie saoudite, la mixité est interdite dans tous les lieux publics, où la femme doit en outre être couverte de la tête aux pieds et garder le visage voilé. Plusieurs métiers lui sont interdits, malgré le nombre de plus en plus grand d’universitaires et de jeunes femmes éduquées.

Mouna Naïm

Le Mondedu 30 décembre 2005

http://www.lemonde.fr



3 janvier 2006



 



......... Nedstat Basic - Web site estadísticas gratuito Site réalisé avec SPIP