Les filles des cités ? le 22 à Asnières...

Par Romy Duhem-Verdière

 

Des "gamins" de 14-18 ans traînent la nuit dans les rues, cassant tout sur leur passage, cramant des voitures. Des flics, des CRS, des pompiers reçoivent des jets de pierres, et même quelques tirs d’armes à feu. Des "grands frères", animateurs, ou imams interviennent pour calmer les esprits échauffés. Deux adolescents et un homme sont morts. D’autres sont blessés, plus ou moins grièvement...

Rien ne vous frappe dans le récit, qui s’allonge chaque jour, de ces émeutes ? cherchez bien... quelque chose qui crie par son absence.

Femmes et filles n’existent pas. Tout est au masculin dans cette actualité : ces "jeunes", ces émeutiers, sont uniquement des garçons, et côté police, pompiers, médiateurs sociaux et élus, des hommes. Tout est au masculin, aussi bien les problèmes que les solutions : construisons des stades pour occuper ces jeunes défavorisés qui n’ont aucun moyen d’expression... et "elles" ? avez-vous pensé à "elles" ? à ce qu’il faudrait construire pour "elles" ?

Car il y a, dans ces quartiers, plus en souffrance que les garçons, ce sont les filles et les femmes, qui pourtant ne brûlent pas de voitures. Car on sait que partout où règne la violence, femmes et filles en sont les premières victimes. On ne me fera pas croire que la déferlante de violence qui embrase actuellement les cités épargne miraculeusement filles et femmes, qu’on malmène déjà sans vergogne en temps ordinaire.

On parle donc beaucoup des habitants des cités, des banlieues. Et leurs habitantes ? walou. C’est à croire qu’elles ont déserté la place. Elles étaient pourtant des milliers dans les rues à manifester, il n’y a pas si longtemps, en 2003, ranimant soudain la tradition du 8 mars, faisant soudain la une des médias. Où sont-elles donc cachées ? Cette fameuse année où elles ont dit haut et fort qu’elles ne voulaient plus être Ni Putes Ni Soumises, elles ont sillonné la France, tirant la sonnette d’alarme, brisant des années de silence, portant à la connaissance les violences quotidiennes dont sont victimes les "femmes des quartiers". Aurait-on déjà oublié le point de départ de cette marche ? La mort de Sohane... brûlée, oui, comme une voiture.

Alors, où sont-elles ? "Trois ans après sa fondation, Ni Putes Ni Soumises compte 4000 adhérents et des antennes dans toute la France" et "les problèmes des femmes des cités n’ont pas diminué" sauf que s’il n’y avait auparavant aucune possibilité de dénoncer, aujourd’hui elles osent parler [1]. Quel(le) journaliste a eu la judicieuse idée de les entendre ? de relayer leur parole ?

Faut dire, les trouver, c’est le 22 à Asnières : il faut passer par le Canada pour avoir la France. C’est en effet sur les sites web francophones d’outre atlantique [2] que j’ai quelque écho des femmes des cités françaises, et que s’exprime Fadela Amara, la fondatrice de Ni Putes Ni Soumises :

« À l’heure où la violence flambe dans les banlieues françaises, on parle beaucoup des jeunes adolescents rebelles, mais pas des filles. Pourtant, elles sont les premières victimes de la dérive des cités (...) qui a commencé il y a une quinzaine d’années, avec le chômage de masse qui a touché de plein fouet les immigrés. Nombre de pères se sont donc retrouvés sans emploi (...) dépossédés de leur autorité. Toutes leurs prérogatives sont, de fait, passées aux fils aînés. Les fils ont eu la responsabilité d’inculquer les valeurs familiales aux filles. "Leur mission était claire : protéger la soeur des prédateurs, la préserver vierge jusqu’au mariage", dit Fadela Amara (...) Peu à peu, la vigilance des frères a tourné à l’oppression. Les filles n’ont plus été libres d’aller et venir, la mixité en dehors du cercle familial a été progressivement bannie. Faire des études est même devenu un sujet de lutte puisque ces femmes étaient destinées au mariage et au foyer. (...) "Avec la ghettoïsation des quartiers, on a vu l’espace public de la cité devenir masculin et les filles raser les murs. Et les filles qui pouvaient pénétrer dans cet espace étaient celles qui portaient le voile parce qu’elles étaient respectées", précise Fadela Amara. » (1)

Voilà sans doute pourquoi la seule femme que j’ai pu voir aux infos est une jeune mère, voilée, entourée d’enfants, qui préfère refuser de répondre à la question du journaliste par autre chose que des lieux communs, ne pas parler, ne surtout pas émettre d’avis personnel, de crainte, lache-t-elle, de "se faire embêter".

Les médias n’en parlent pas, et pour cause : non seulement voilées, cachées, calfeutrées et mortes de trouille, elles se taisent, mais les assos qui pourraient porter leur parole, sont elles aussi muettes.

Sinon rien de rien, toujours aucun communiqué sur les sites des assos françaises. Comment voulez-vous qu’un-e journaliste traîte ce sujet si rien ne l’interpelle, si les sources d’info qui sembleraient évidentes (NPNS, UFAL, CFL, CNDF ou même CDG) sont muettes !

http://romy.tetue.free.fr/article.php3?id_article=307

10 novembre 2005


[1] Les filles des cités, par Katia Chapoutier, collaboration spéciale, La Presse, quotidien Montréalais (Québec, Canada), édition du 9 novembre 2005.

[2] (2) Pour être honnête, l’Alliance des Femmes pour la Démocratie a lancé un appel dès le 7 novembre 2005, mais qui, circulant par mail, n’a que peu de visibilité. Il est relayé aujourd’hui sur l’excellent site canadien Sisyphe : Femmes, où sommes-nous, quand la violence s’empare du pays ?





Forum

  • > Les filles des cités ? le 22 à Asnières...
    9 janvier 2006, par karima

    Tout d’abord je suis heureuse de vous adresser mon inime respect.

    Je suis une jeune fille de quartier dit populaire avec tout ce que cela comporte, je souhjaiterai mener une action par le biais d’une structure sociale mise à ma disposition amener les jeunes filles et garçon à travailler sur un même projet.

    J’aimerai avoir des infos pour mener à bien cette actionet la perenniser sur la commune de chenôve en côte d’or (21) où j’ai mùoi même grandit et faire grandir dans mon sillons les filles de ce quartier Merci de me répondre : karima Belassaoui mon email : belassaoui@yahoo.fr

    ENCORE BRAVO



 



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