Par Magalie Durdux/ Lejournal-hebdo.com
Avec la publication de « J’ai mal en moi », la sociologue Souad El Alaoui Ben Hachem jette un pavé dans la mare. C’est bien la première fois qu’une Marocaine ose consacrer tout un livre au harcèlement sexuel et autres abus.
Rares sont en effet les écrivains qui, dans le Monde arabe, se sont lancés dans pareille aventure. Le sujet reste tabou. Souad A. Ben Hachem a écrit ce livre pour « .... Faire sortir toute cette douleur, trop longtemps refoulée en moi ». Derrière la sociologue se cache une enfant meurtrie. Elle évoque dans la première nouvelle cette blessure qui la ronge depuis l’âge de huit ans. L’ouvrage comporte onze nouvelles. Toutes décrivent une situation d’abus ou de harcèlement. Les victimes sont principalement des femmes : petite fille innocente, bonne sans défense, salariée en proie à la promotion canapé, épouse mal mariée et ce mâle qui la viole ... Tout y passe et les cas d’abus sur les individus du sexe opposé aussi.
Les hommes sont aussi des victimes
Dans « L’abricot », Souad A. Ben Hachem évoque le dérapage d’un instituteur sur l’un de ses élèves. D’après la sociologue, « Les hommes n’ont pas non plus été épargnés par la violence. Et parfois même, c’est encore plus pénible pour eux car ils n’osent pas en parler. Cela est lié à leur virilité ». Ce livre, Souad A. Ben Hachem l’a écrit « ... D’abord, pour les victimes, ensuite, pour leurs parents afin qu’ils aient enfin, le courage de dire "Moi aussi, j’ai vécu ça" ». Oser en parler n’est pas toujours bien perçu. La sociologue en veut pour preuve la réaction d’un juge devant des parents venus porter plainte, suite aux abus d’un enseignant r’bati. C’était il y a environ un an. Le juge en question n’avait rien trouvé de mieux que de décourager les parents d’intenter un procès, prétextant le scandale...
Au-delà des abus, le livre de Souad A. Ben Hachem aborde une autre question de fond, celle de la sexualité dans la société marocaine : « les relations sexuelles se font dans la violence en raison du rapport de force qui existe entre les hommes et les femmes ». Pour la sociologue, il est important d’aborder la question des abus sexuels, notamment sur les mineurs car : « ... Les cas pathologiques engendrent des êtres pathologiques qui eux-mêmes reproduisent des cas pathologiques ».
« J’ai mal en moi » est un livre à découvrir assurément et tant pis s’il fait mal. Lire onze nouvelles sur les abus sexuels n’est pas une partie de plaisir. Heureusement, la légèreté du style et les pointes d’ironie aideront à faire passer la pilule.